Projet de recherche CAṂṆĀṂ


Enquête sur les formes de la mémoire collective dans l’espace khmer et sud-est asiatique

Au Cambodge, la notion de mémoire s’est vue projetée sur le devant de la scène politique nationale et internationale suite à plusieurs décennies de conflits (1967-1991). Mais trop souvent, cette projection s’est faite selon les postulats élaborés en Occident dans le cadre du traitement politique, sociétal et psychologique des drames humains de la Seconde guerre mondiale. Or cette appréhension du monde n’a pas su répondre aux problématiques concrètes que pose, dans le cas cambodgien, la relation au passé. 


Les Chambres Extraordinaires mises en place pour juger les anciens hauts responsables Khmers Rouges ont montré l’inadéquation d’une telle approche et nous invitent à entamer une réflexion de fond sur la notion de mémoire collective, sa définition et ses usages sociaux à travers l’histoire du peuple Khmer. L’originalité de la présente recherche est de s’appuyer sur la linguistique pour tenter de comprendre les rouages de la mémoire à travers laquelle se transmet le passé et s’ordonne le présent, par une approche interdisciplinaire rassemblant des linguistes, des historiens et des ethnologues. Il s’agit de considérer la langue en tant que traces de constructions sociales, d’agencements religieux et d’organisations politiques, du Cambodge ancien jusqu’à aujourd’hui, à travers des documents d’archives écrits (épigraphie, manuscrits et contes) et oraux (mythes, légendes, énoncés rituels et arts théâtraux).


C’est ainsi que les linguistes de cette équipe de recherche s’attacheront à étudier les constantes et variations du langage dans la verbalisation de faits et concepts relevant du passé et de sa mémoire, tant à l’écrit qu’à l’oral. Par l’évolution des graphies, des mots, des grammaires, sans omettre le rapport des locuteurs au langage, ils définissent la singularité de la langue khmère dans une dimension à la fois diachronique et synchronique. Les ethnologues s’intègrent à ce travail en documentant les rites, les mythes et le légendaire associés à des lieux historiques et des pratiques théâtrales constitutifs du pouvoir royal à différentes époques. Ils étudieront la mémoire collective comme un enchevêtrement de différentes strates culturelles et cultuelles qui forgèrent l’espace khmer sur une longue durée. Enfin, les historiens aborderont la langue khmère des temps anciens, depuis les épigraphes du Cambodge angkorien (IXe siècle) jusqu’aux manuscrits juridiques et religieux de l’époque post-angkorienne (XVIIe siècles), pour reconstituer des systèmes de représentation du monde tels qu’énoncés par le pouvoir royal. Un ensemble inédit de cartes vernaculaires cambodgiennes, conservées à l’École française d’Extrême-Orient (Paris), vient également compléter l’important corpus constitué pour cette recherche.


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Recherches sur la mémoire collective dans l’espace khmer : Approches linguistiques, ethnologiques et historiques
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