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Colloque "Temps et temporalité en Asie du Sud-Est"

En Asie du Sud-Est comme ailleurs, les modalités de la co-présence du passé, du présent et du futur donnent lieu à diverses formes d'organisations conceptuelles et pratiques. Un large éventail de dispositifs s'offre ainsi à l'observation, entre une représentation de l'immutabilité des choses - lorsque par-delà l'agitation continue des êtres tout se répète et rien ne change vraiment - et une affirmation de l'irréversibilité de l'altération graduelle et permanente de toutes choses - car si rien ne change rien ne dure non plus. Placés devant ce dilemme, les acteurs s'en accommodent, selon des stratégies elles-mêmes diverses allant de la résignation à la recherche plus ou moins confiante d'une maîtrise de la temporalité - entendue ici comme la perception, à chaque fois particulière, de la durée, cette universelle condition que l'homme ressent par nécessité, où qu'il vive.

 

De nombreuses approches sont disponibles pour frayer ce thème classique, fruits d'un intérêt qui s'est accru dans les sciences sociales ces trois dernières décennies. Il s'en faut cependant qu'elles aient été pleinement exploitées en terrain sud-est asiatique et l'un des objectifs de ce colloque sera bien sûr de s'y confronter. On pense, par exemple, aux multiples rythmes qui scandent la vie des individus, au caractère socialement marqué du temps vécu, aux mesures notamment calendaires, aux temps des grandes cosmogonies, aux relations qu'entretiennent temporalité, narration et langage ou encore au travail de la mémoire comme actualisation du passé. Pour aller plus loin, on peut s'aider des réflexions de la linguistique culiolienne questionnant la pertinence de catégories grammaticales indo-européennes pour rendre compte de l'expression du temps dans d'autres familles de langues, de l'anthropologie de la "structure de la conjoncture" de Marshall Sahlins, ou des travaux sur les "régimes d'historicité", les "traditions inventées", ou les "textures du temps"[1], ou bien d'autres formes d'analyse encore.

 

Mais l'on prendra garde au fait que la catégorie que nous appelons temps n'est peut-être pas représentée ailleurs comme un domaine unique, ou acceptant une forme de mesure unique ou encore relevant d'une orientation unique qui nous mène du passé au futur ou inversement. Au contraire, il existe peut-être dans les catégories que nous traduisons volontiers par temps des éléments qu'en Occident moderne (et contemporain) nous ne classons pas dans ce registre, comme la hiérarchie fondée sur la précédence, ou les richesses et le prestige qu'offre leur captation, leur don et parfois leur destruction. La démarche est donc nécessairement et même épistémologiquement comparative.

 

Pour mener à bien ces objectifs, plusieurs portes d'entrée se profilent. Une première, immédiatement comparative, consiste à considérer ce que nous appelons temps comme un moyen d'accéder aux structures sociales des diverses communautés sud-est asiatiques. La temporalité semble unifier alors tout ce que nous avons l'habitude de segmenter en politique, religieux, économique, etc. L'abdication d'un roi, par exemple, est-elle un phénomène temporel (le temps du renoncement au monde des spécialistes du bouddhisme), un phénomène hiérarchique de précédence (une abdication temporaire au profit d'un représentant des premiers occupants du sol) ou participe-t-elle d'une relation statutaire (un roi aîné désigné en premier abdique pour un roi cadet désigné en second, comme il en existe à Madagascar) ; de même, les funérailles d'un roi organisées par son fils ou son neveu sont-elles l'expression d'une mort-renaissance de l'institution royale ou signent-elles un échange de biens (mérites, richesses et dépendants) au sein d'une même maison ; l'engagement pour dettes pallie-t-il la faiblesse des institutions de crédit ou est-ce une manière de faire durer la relation en en modifiant le statut ; faut-il voir l'émission monétaire comme un outil favorisant la circulation des biens ou, permettant l'instantanéité de l'échange, un moyen de s'affranchir de liens de dépendances ?

 

Une seconde porte d'entrée, directement cognitive, consiste à rechercher les marques de la temporalité telles qu'elles se présentent en Asie du Sud-Est. Les linguistes pourront ainsi étudier les marqueurs et/ou les constructions syntaxiques qui se rapportent aux notions d' "habitude", de "tradition", d' "héritage", de "mémoire", de "mythe", de "conte", d' "histoire", de "temporalité", d' "aspect", qu'il sera loisible d'aborder aussi bien des points de vue de la syntaxe, de la sémantique, de l'étymologie ou de la morphologie que de l'analyse du discours ; les historiens s'intéresseront par exemple à l'origine du temps, la succession des ères cosmiques, les différents cycles composant les calendriers (cycles de la royauté, des institutions, des ancêtres, des cultures, etc.), à l'enchaînement des ruptures et des fondations politiques ou la rétraction du temps dont procède le millénarisme ; enfin, le temps pouvant être défini comme "la synchronisation irréversible d'événements ou d'actions appartenant à deux ou plusieurs domaines distincts"[2], les anthropologues pourront étudier la manière dont s'opère la synchronisation dans une société donnée.

 

Dans les deux cas, on peut s'attendre à mettre au jour une relation entre plusieurs formes de synchronisations qui entrent en opposition ou se complètent[3]. C'est alors l'articulation de ces formes qui dit la spécificité de la société à travers une vision du monde élaborée par une hiérarchie de valeurs. On ouvrira volontiers l'enquête au "désenchantement du temps"[4] qu' y constitue la confrontation entre l'accélération du temps des sociétés contemporaines, désormais mondialisées[5], et des manières plus locales de vivre la temporalité. Le présent atelier brodera donc les représentations temporelles de l'Asie du Sud-est avec les nouvelles ou anciennes orientations théoriques en particulier en linguistique, en histoire et en anthropologie, de manière à enrichir réciproquement connaissance de terrain et théorie. Trois conférenciers spécialistes d'une de ces disciplines mais dans une autre aire culturelle que l'Asie du Sud-Est sont invités pour étayer la démarche comparative.

 

Plus d'information sur ce colloque : http://camnam2017.free.fr/pages/whiterings_indexpag.html


Événements passés

Journée d'étude "Du temps et de l'aspect dans les langues" - Vendredi 2 juin 2017 - INALCO Paris

Poursuivant l’enquête sur la mémoire collective et la perception du passé,  le projet CAMNAM organise cette année une journée d’étude consacrée à la notion de temps dans une perspective linguistique. Elle se déroulera le vendredi 2 juin 2017 à l'INALCO Paris.

 

Dans le cadre de cette journée d’étude, deux approches seront présentées : d’un côté, trois présentations se proposent de mener des réflexions théoriques et de  dresser l’état de l’art sur la question de temporalité et de l’aspect dans la littérature linguistique, de l’autre, sept présentations abordent l’étude des unités et des  constructions  syntaxiques  pouvant  donner  lieu  à  des  interprétations  temporelles   et/ou  aspectuelles  dans  sept  langues  différentes.  Ces  marqueurs  et  constructions   seront traités du point de vue de la syntaxe, de la sémantique, de l’étymologie, de  la morphologie et/ou de l’analyse du discours.

 

Le programme de la journée et le livret sont téléchargeables ci-dessous.

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Jeudi 15 décembre 2016 à 8h - Cérémonie de remise des diplômes des étudiants de l'URBA

Les étudiants diplômés de l'Université Royale des Beaux-Arts se verront remettre leurs diplômes au cours d'une prestigieuse cérémonie qui se tiendra le jeudi 15 décembre au Chaktomuk Conference Hall de Phnom Penh.

 

A cette occasion, les étudiants du programme de formation qui s'inscrit dans le cadre du projet Manusastra recevront leurs diplômes de Licence et de Master.

 

Plus d'information sur le programme de formation du projet Manusastra


Jeudi 15 décembre 2016 à 18h30 - Conférence sur "Le passé des khmers : Comment l'appréhender ?", à L'Institut français du Cambodge

Cette Conférence qui se tiendra à l'Institut Français du Cambodge sera l'occasion de présenter le livre "Le passé des khmers : Langues, textes, rites" en présence de plusieurs auteurs, par ailleurs intervenants dans le cadre du programme de formation du projet Manusastra.

 

Ce livre, résultant du volet Recherche du projet Manusastra, offre les premiers résultats d’une enquête sur les pratiques et les représentations du passé chez les Khmers. Elle s’inscrit dans une réflexion sur la mémoire collective qui fait le choix d’un pas de côté, à distance de l’historiographie récente traitant de cette question à l’intérieur d’une chronologie très restreinte, couvrant les 40 ans qui nous séparent du régime khmer rouge. Ici comme ailleurs, considérer les phénomènes de la vie sociale pour leur seule contemporanéité ou ériger les événements contemporains comme fondateurs à l’exclusion des autres ne permet guère une pleine compréhension du fonctionnement de la mémoire collective. Il n’est sans doute pas de problème plus complexe que celui du rapport qu’entretient, sur la durée, une société à son passé. À commencer par celui des mots qu’elle se choisit pour le dire et qui le déterminent en partie. Ceux que les auteurs ont tirés de la langue des locuteurs, des textes historiques et de l’exercice des rites suggèrent d’autres chemins à frayer. Une dizaine d’articles de linguistes, d’historiens et d’ethnologues nous invitent ici à les parcourir, en regard des expériences du passé propres aux mondes indien et européen.

 

Auteurs présents à cette occasion : Joseph Thach, linguiste (INALCO-SeDyL), Ang Choulean, Anthropologue (URBA), Eric Bourdonneau, Historien (EFEO), Grégory Mikaelian, Historien (CNRS) et Nasir Adboul-Carime, Historien (AEFEK).